Hôtel d’Angoulême ou de Lamoignon- Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

La série de sept articles intitulée « Les plus belles bibliothèque de Paris » continue avec ce deuxième chapitre dédié à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris (BHVP).  Spécialisée dans l’histoire de Paris et d’Ile-de-France, elle est installée depuis 1969 à l’hôtel d’Angoulême ou de Lamoignon à la croisée des rues  Pavée et des Francs-Bourgeois. 

Façade sur cour Renaissance de l'hôtel de Lamoignon
Façade sur cour Renaissance de l’hôtel de Lamoignon

C’est encore un logis qui fait surgir de l’histoire des noms célèbres. Faisons-en connaissance.

Diane de France, duchesse d’Angoulême

Diane de France, duchesse d’Angoulême, portrait attribué à François Clouet, 1568

Née en 1538, Diane de France, duchesse d’Angoulême, était la fille légitimée d’Henri II et d’une Piémontaise, Philippa Duca. Deux fois veuve, elle achète en 1584 une maison avec jardin, rue Pavée, et entreprit la construction d’un hôtel achevé en 1612. L’édifice, dont la réalisation est attribuée à Baptiste Androuet du Cerceau ou à Thibault Métezeau, garde toujours son allure d’origine.

Sur cour, le logis principal, flanqué de deux petits pavillons latéraux symétriques, est scandé par des pilastres corinthiens colossaux. A l’attique une frise géométrique rehausse la façade. Les lucarnes brisent la ligne de l’entablement.

Pilastres colossaux de la façade sur cour Renaissance de l’hôtel de Lamoignon

Les frontons cintrés couronnent les pavillons d’angle et portent des symboles de Diane : têtes de serfs et de chiens, carquois et cors.

Symboles de Diane sur les frontons

Charles de Valois, duc d’Angoulême

A la mort de Diane en 1619, son neveu Charles de Valois, duc d’Angoulême, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, hérita l’hôtel. Il paraît qu’il  était un très vilain personnage. On connait sa réponse aux réclamations de ses valets auxquels il oubliait de payer leurs gages : «  Des gages ! C’est à vous à vous pourvoir, quatre rues aboutissent à l’hôtel d’Angoulême, vous êtes en beau lieu, profitez-en si vous voulez ! »

Il fit construire entre 1624 et 1640  l’aile gauche sur cour se terminant par une  large tourelle carrée à l’encoignure de ce carrefour où les valets du duc auraient dû prélever leurs gages sur les passants.

Tourelle d’angle à la croisée des rues Pavée et des Francs-Bourgeois

La statue funéraire de Diane, taillée par Thomas Boudin en 1621, ainsi que celle de son neveu, Charles d’Angoulême, se dressent aujourd’hui dans la petite chapelle aménagée vers 1969 en face de l’entrée à la bibliothèque.

Chapelle dans la cour de l’hôtel de Lamoignon
Statues funéraires de Diane de France et de Charles d’Angoulême

Les Lamoignon, dynastie des magistrats

En 1658, l’hôtel est loué  par Guillaume de Lamoignon, premier président du parlement de Paris, qui est aussi l’« homme d’un savoir étonnant et passionné ». Sa bibliothèque ne contenait pas seulement des ouvrages de droit, mais aussi une belle quantité d’œuvres littéraires.

Guillaume de Lamoignon par Robert Nanteuil

Sa nouvelle demeure est devenue aussitôt le centre d’un brillant commerce intellectuel.  Son salon  était un lieu de rancontre de tous les érudits et mondains de Paris tels que  La Rochefoucauld, Madame de Sévigné, le médecin Guy Patin, Boileau, Racine, Bourdaloue, célèbre prédicateur jésuite, qui s’y réunissaient tous les lundis, de cinq à sept heures, pour mener des discussions fort savantes.

Guillaume de Lamoignon présida la chambre de justice  qui avait  en charge le procès Fouquet. Jugé trop modéré par Louis XIV, il fut écarté  au bénéfice du chancelier Séguier.

En 1688, son fils, Chrétien-François de Lamoignon, président au parlement de Paris, fit l’acquisition de l’hôtel qui resta dans la famille jusqu’en 1774. Il modifia la façade sur le jardin et sa veuve éleva en 1718 le grand portail au 24, rue Pavée.

Portail de l’hôtel de Lamoignon, 24, rue Pavée

Le portail est décoré d’un cartouche encadré de deux enfants,  l’un tenant un serpent, symbole de la Prudence, et l’autre montrant un miroir, attribut de la Vérité, toutes deux étant les vertus des magistrats.

La dynastie des Lamoignon comptait parmi ses membres Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, magistrat et homme d’Etat. Il a donné son soutien à la publication de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alambert. Né dans l’hôtel en 1721, il deviendra en 1775 secrétaire d’Etat à la maison du roi.

Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, peintre anonyme

Vieillard admirable, il  vint avec courage, à 72 ans, s’offrir comme défenseur à Louis XVI en 1792-1793 avec Tronchet et Sèze. Cette défense lui coutera la vie. Il  mourut guillotiné en 1794.

Alphonse Daudet (1840-1897)

L’écrivain y résida de 1867 à 1874 et y composa son roman « Fromont jeune et Risler aîné » : « Fromont fut fait dans un des plus vieux hôtels du Marais, où mon cabinet, aux vastes fenêtres claires, donnait sur les verdures, les treillages noircis du jardin ». Léon Daudet, son fils se souvient : «  Nous habitions 24, rue Pavée au Marais l’hôtel Lamoignon, ancienne demeure du XVII siècle, de somptueuse apparence, divisée en plusieurs appartements, amusants, comme on dit, mais incommodes. Nous occupions l’un de ces appartements. Là se réunissaient le mercredi soir, presque chaque semaine, dans notre modeste  salle à manger, Flaubert, Zola, Tourgueniev, Edmond de Goncourt  que je l’appelais ‘les géants’ à cause de la haute taille de Flaubert et de Goncourt : ‘Maman, est-ce le jour des géants ?’ Flaubert et mon père animaient tout de leurs blagues, de leurs rires, de leurs récits ».

Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

C’est au XVIII siècle que l’hôtel  accueillit sa première bibliothèque publique dédiée à l’histoire de Paris. Sa création était dûe à Antoine Moriau, procureur du roi et de la Ville, qui loua l’hôtel en 1738 et y ressembla une importante collection d’ouvrages sur l’histoire de la capitale. Il la lègue à la Ville de Paris à condition que celle-ci en fasse une bibliothèque ouverte à tous. Dès 1763, « les auteurs et les curieux y trouvent … toutes les facilités … et y sont reçus avec l’accueil le plus obligeant« . Malheureusement, sous la Révolution la bibliothèque est negligée, sa collection  est confisquée au profit de l’Institut de France.

La nouvelle bibliothèque de la Ville de Paris  est crée en 1804 et  transferée ensuite dans l’Hotel de Ville où l’ncendie de la Commune de Paris, le 24 mai 1871, l’anéantit entièrement.

Elle est recrée l’année suivante grâce à Jules Cousin (1830-1899), collectionneur de livres et le bibliothécaire… de la bibliothèque  brûlée.

Jules Cousin (1830-1899)

Il  offre à la Ville de Paris sa collection personnelle (6 000 livres et 10 000 estampes) pour créer une « bibliothèque publique et spécialement consacrée à l’histoire de Paris« .  Elle s’installe à l’hôtel Carnavalet et y partage l’espace avec le musée  dédié à l’histoire de Paris. Leurs collections  devenant très riches, la bibliothèque est transfrérée dans l’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, à deux pas de Carnavalet.  Son installation dans l’hôtel de Lamoignon en 1969 marque le renouveau de la bibliothèque.

Bibliothèque aujourd’hui

Bibliothèque Historique de la Ville de Paris est ouverte à tous. Elle met à votre disposition 86 places, ainsi que plus de 2 millions de documents sur l’histoire de Paris sous tous les aspects : patrimoine, littérature, théâtre, affiches, cartes et plans, histoire sociale et politique de Paris.

Salle de lecture de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris

Le saviez-vous ?

Désormais, la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris prête à domicile gratuitement plus de 1000 livres anciens, du XVII siècle à 1960.

 

Sources :

D. Chadych, Le Marais, évolution d’un paysage urbain, Parigramme, 2014.

J. Wilhelm, La vie quotidienne au Marais au XVII siècle, Hachette, 1966
25 novembre 2018, Ekaterina Tolstykh    
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